vendredi 11 mars 2016

AF929 - 11 mars : nous n'irons pas plus loin

Détresse à l'apogée
J'ai bien connu une détresse littéraire
elle était profonde, douce comme le quotidien, se réfugiait dans les poncifs, la routine... 
Elle, moi, complaisamment et avec soin : laissions passer les jours. Le jour d'écrire est sans lendemain. Ce doit être l'urgence permanente, comme une mauvaise politique française, comme une soif de chien...
Do anything, but let it produce joy. 
Do anything, but let it yield ecstasy.

Disait-il. Où en est-on de la joie et de l'extase ?
Combien de roulé-boulés dans l'herbe et dans la neige ?
Et si un jour s'instruisaient nos procès, quels seraient les peines énoncées ? 
Le procès n'est finalement qu'une forme normée de nostalgie. Je te rejoins sur le brossage d'écailles. La société humaine se retourne sur ses écarts. Le soleil envoie quelques rayons caresser l'orient regretté, qui n'est qu'un ponant en devenir. 
Mais que diable est advenu de ces jours, où les idées du levant au ponant ?, où les mots ?, où l'droit de suite ?
J'ai très bien connu une détresse littéraire... 

A l'apoapse de cette trajectoire c'était le grand vide, encore, du bleu partout.
Vie en bain de saumure, pensées en berne, c'était salé, ça durait bien longtemps...
Les jours passaient comme les secondes sur une montre arrêtée. Obsédante répétition en suspend, donc, puis bientôt ce ne fut plus lundi. Alors que tous les jours en renvoient l'écho lardi, merlundi, jleundi, lundredi, samlundi, dimanchelundi. Ici le temps ne se compte plus. On parle en semaine, les heures n'existent même pas, on dit 'dimanche' : je ferai ça après dimanche ! ou le dimanche suivant ! 

De la procrastination à échelle industrielle. 
Sédimentation intellectuelle à outrance. 
Plus rien ne bouge, ce ne sont que des couches d'idées bien empilées, bien oubliées. Les intentions ? Oublie les intentions !

Confort du périgée
Puis le retour advint. 
Le vrai, modèle final et définitif.
Faut alors tout recomposer. Changer la peau du dedans comme la peau du dehors. Plus rien n'est à sa place.
Out la flore intestinale, premier élément inadapté au pays, à la nouvelle vie.
Comme je ne sais plus boire, plus sortir, plus veiller, si mal vivre, il reste pas grand chose. Même désirer, diable comme c'est dur !
Cependant enfin posé, enfin, 
défaite la valise, les pieds libres, chaussures au coin : pas d'échéance. 
Comme il est difficile de repartir, alors. Les semaines simples et légères, comme dragées en enfilade. Exercice riche et solitaire. Chaque semaine s'ajoute, temps libre gagné, espérance acquise, kilogramme de plus. Gain brut !
Mais gain inéluctable, insécable, incessible. Rien ni personne. Plus d'échéance. 
Chaque petite seconde se tient là, victoire acquise, instant passé, oblitéré de liberté.

Insatisfait cependant, je butte bientôt sur la problématique de distance idéale. Quelle distance ? Quel idéal ? C'est plus un ressentit qu'un malaise. M'appliquant alors à retarder les retrouvailles avec une maîtresse, je réalise tout ignorer de sa distance propre.
Quelle sont nos trajectoires dans la ville ? 
Quelle pondération entre nos masses, où les foyers, quelle trajectoire ? Peut-être la collision est-elle imminente, ou l'éjection de vigueur ?
A la prochaine révolution sur notre orbite elle apparut avec un homme. Alors seulement je réalisais l'erreur de calcul du problème à deux corps, les trajectoires rien simples
la mienne rien droite
toutes si variées, si différentes !

Parabole d'éjection
Par la magie des cumuls incessibles, au fil des fêtes, ivresse après ivresse, advint l'incroyable : un mois avait passé dedans les frontières périphériques. Un mois sans retourner à l'avion, ni fuite ni échappée belle : juste là, comme ça.
Trouver de nouvelles absides devenait salement urgent. Rien ne se passait plus qui ne soit quotidien. Je voyais la ville, différente dans les détails, m'échapper en tout. Gardant sa petite musique bien à elle, mélodie reconnue, mais tempo insaisissable.
Il se faisait un mois et un jour, jour comme un autre, symbole de rien, quand je bouclais finalement une valoche. Trainais longuement en ville avec cette lourde garante du changement. Foulait bientôt les couloirs de Roissy. Ils ont là un écran formidable, grand mur de loupiotes où miroitent les ailleurs...

Rentrer enfin, repartir quand même. 
Car tout naît et disparaît dans la distance. Le fantasme et la brume, le lien et son corollaire, le rapport, inférieur supérieur de groupe sous-groupe adhérence inclusion, ah mais attention, car les mots sont nombreux et précis, voilà une belle soupe ou se perdre pour commencer !
Que je glose ou me taise, les jours s'allongent, nous dessus, dessous, à côté, tous à se longer les uns les autres par deci par devers par là comme ci comme ça, je glose, tu t'allonges, tu dors, éh, tu dors ? 

voilà ce qu'il en est. Elle dort... Me reste à filer, jeter encore quelques mots, égrener quelques derniers jours jours au rosaire et de s'exaucer ce qu'il faudra amen, en choisir quelques derniers, enfin, pour clore le désastreux chaos verbal. 
___
Here comes the dawn
I can’t believe we’ve been sitting here all night talking this long
About exactly when & where it started going so wrong
Dissecting every aspect as if it was fine all along
I told you that I’d never been all that strong
Here comes a storm
& with it come the things that we will have to face in this storm
& here comes a storm
Just as everything was falling into place here’s a storm
There must be a storm
Don’t we need it
Just to clear it
To blow the ashes away
Away, to a place where they can never be found or thought of again

mercredi 27 janvier 2016

AF237 - 27 janvier : s'il fallait une omélie

C'était toutes les heures du monde, toutes les fuites, toutes les étincelles...
Ce n'était rien, juste l'écho de mes pérégrinations dans le foutoir des verbes. Des heures vécues, des heures perdues, horizons splendides, femmes aimées, courant surmarins, jetstreams en fusion, échos de l'âme jamais reposée, et pourquoi se reposerait-elle ? 
Jusqu'à maintenant, jusqu'au terme, puis encore après, il faudra parler, toujours. Il faut écrire, encore. Dialoguer, je ne sais pas. Car signifier reste de la treizième importance. A quoi sert de chercher un sens que personne ne souhaite, alors que la vie exige furieusement qu'éclate la joie ? 
Ecrire sans même savoir où aller. Encore.
Aller sans savoir, ni où, ni pourquoi. Toujours !

Désormais il n'y a plus même l'idée de départ, de tous ces départs.
A peine les mots de l’introït qui initièrent si vivement cette longue série d'échos:
E uma nuvem fechada está no centro do seu corpo. Então Blimunda disse, Vem. Desprendeu-se a vontade de Baltasar Sete-Sóis, mas não subiu para as estrelas, se à Terra pertencia e a Blimunda.
C'était à Tokyo ou sur le Fujiyama, quelle importance ?
Tous nous avons un message, un endroit, un envers, et tous nous tombons et finirons par nous taire. D'ici là, il faut cracher. Et plus longtemps tu vivras, mieux tu verras le monde tel qu'il est. Comme une grande ombre !


Ce furent quelques heures du monde.
Un peu de leur quintessence. Quelques mots. Un reliquat.
Restent ces signes que des robots parfois explorent. Un algorithme bègue s'essaye à deviner un sens... Il comprendra un jour qu'il convient de laisser les bouteilles à la mer. Celle-là comme les autres ne vaut que par sa danse surmarine.

Ne dérogeant rien ni de l'envol, ni du retour, c'était, ce jour, un atterrissage tardif.
Début février, avant-veille de départ. Encore un faux retour !
Jambe molle, œil crevé, bouche pâteuse, ventre gonflé, bile âcre. je tombais au sol comme appendice nécrosé de l'avion. Un reste de panique de l'embarquement subsistait à l'arrivée : il me fallait prendre la ville à temps pour déjà, bientôt, repartir.
Là faire l'amour, re boire du vin, 
ici vivre, quoi,
être, fêter, enfin !
Cependant que la prochaine échéance, le navire, déjà s'imposait le plus pernicieusement du monde. Je le retrouvais là, en plein rêve. Ou là, encore, dans le coin de l’œil, me gardant éveillé. Infusant déjà son petit balancement délétère. M'enlevant un peu à la ville malgré le précieux espace neutre de la vacance...


Avant même de flotter j'avais déjà perdu pied. A force de retours l'absence faisait doucement toute la place autour d'elle. Comme un souffle glacial dans la foule, créant le vide dans l'amas des chairs. Au milieu de ce trou, plus rien. Que l'absence, de contact et d'idée, de réflexion, d'action tout autant. Balancement léger, houle maudite ! Ce vide flottant devient le centre de l'être, de la vie. Je n'y suis plus. Pour personne, ni moi non plus. 
Comme la carambole,
éternellement attirée par le soleil,
ou le fanal arrière de tous les derniers trains ?

La distance ne révèle rien. Elle distend. Les rues les places les gens la chaleur du lit même rejoignent une impossible mythologie. Caresses des souvenirs ! Du lointain parfois reviennent comme des échos, des viens-ci, viens-là, souviens-toi. J'avais promis d'y revenir et d'y vivre, mais m'en trouvais, désormais, plus lointain que jamais. 
Pour ça, pour rien, les retours se font plus durs. D'un navire ou d'un aéronef, toujours moins d'amer. A terre, moins de repaires. Où le partenaire, où le complice ? Où, désormais, la maison, la grotte, le hogar, le refuge ?
Ils répètent toujours que dans un monde sédentaire on regarderait pousser les fleurs, ce serait chatoyant, rutilant, lumineux. on rêverait de la niche, du panier, du prochain repas en caressant le tire-bouchon ?
Je savais le mensonge avéré.
Croyais savoir voyager, quelle erreur !
Continuais de vivre, hypothétiquement.
Par tranche de dix heures par série de trente tic tac tic tac.
Refusant de rentrer, pourquoi chez soi ?, jamais sédentaire
dans la violente compassion, l'empathie de mes semblables
je m'imagine dans ma cuisine comme toi dans la tienne
reliefs de repas, bouteille, et verres,
enfants qui dorment,
aucun objet, aucune personne, aucune forme, aucun principe ne sont sûrs, tout est emporté dans une métamorphose invisible, mais jamais interrompue, il y a plus d’avenir dans l’instable que dans le stable, et le présent n’est qu’une hypothèse que l’on n’a pas encore dépassée.

___
Mais s’il pense, un beau jour, avoir eu l’idée juste, il s’aperçoit qu’une goutte d’une incandescence indicible est tombée sur le monde, et que la terre, à sa lueur, a changé d’aspect.